Comment avoir de la chance ?

Comment avoir de la chance ?La chance est par définition ce qui échappe à la volonté, à la causalité. À ce titre, poser la question « Comment avoir de la chance ? » est un paradoxe. La chance serait par définition ce que l’on ne saurait provoquer par aucune action particulière. Pourtant, sur la longue durée, celle d’une vie par exemple, on observe :

• Qu’il existe des chanceux récurrents et des malchanceux récurrents,
• Qu’il existe des attitudes de vie qui favorisent la chance et des attitudes de vie qui à l’inverse favorisent la malchance.
• Que les chanceux récurrents sont bien en effet ceux qui adopent des attitudes de vie favorables à la chance et que les malchanceux récurrents sont bien en effet ceux qui ont les attitudes inverses.

Par cette approche pragmatique, nous pourrions dire phénoménologique, la chance récurrente devient un sujet d’observation d’une part, de connaissance et d’apprivoisement d’autre part. On peut connaître – dans le sens de naître avec – la chance, se l’approprier et la pratiquer. Dans ce cas, la question « Comment avoir de la chance ? » se dépouille de son paradoxe pour devenir une question de méthode. Si l’on peut choisir entre la chance et la malchance – si même on doit choisir par ses attitudes de vie – l’hésitation est courte.

Décryptage de ces attitudes de vie qui favorisent la visite de cette Dame Fortune qui par un matin de printemps viendra colorer notre temps.

1) L’attention

Le roman d’Alberto Moravia L’Attention raconte en une habile construction l’histoire d’un homme qui décide un jour de faire attention à ce qui se passe autour de lui, à sa famille en particulier. Il va d’ailleurs avoir quelques surprises avec sa femme et sa fille dont la vie – même pas cachée – ne se dévoile pas exactement comme il l’imaginait. Cette attention nouvelle lui permet de découvrir, de voir en réalité, ce qui était sous son nez et qu’il ne voyait pas. Faute d’attention.

Le monde est certes riche et vaste, saturé d’opportunités et de chances potentielles. Mais bien souvent, nous ne discernons pas ces opportunités parce que – comme le héros de Moravia qui ignore l’essentiel qu’il devrait savoir sur sa famille – nous ne prêtons peut-être pas assez d’attention à ce qui nous entoure, à ceux qui nous entourent et au vaste monde.

Pour avancer, pour réussir nos projets, il faut être concentré, il faut être « focus » comme on dit aujourd’hui. Bien sûr, pas de réussite sans persévérance dans la stratégie et concentration dans l’exécution. Certes. Mais cette propitiatoire concentration risque de nous fermer à l’attention, de nous faire passer à côté de la chance. De nous faire manquer la fortune qui, comme chacun sait, se saisit par les cheveux. Or la fortune n’est pas prête d’être chauve. Dans ce vaste monde où les informations et les personnes circulent plus qu’avant, les opportunités potentielles qui attendent tristement que nous leur portions attention sont plus nombreuses que jamais.

2) La connexion avec les autres

Avez-vous déjà vu une personne isolée avoir des opportunités ? C’est impossible. Parce que les opportunités circulent de personne à personne. C’est la connexion avec les autres qui donne au chanceux la possibilité de rencontrer des opportunités.

Mais attention, il ne s’agit pas d’attendre passivement à sa fenêtre que l’opportunité arrive. La phrase magique, c’est plutôt : « Que puis-je faire pour vous ? » ou « Comment puis-je vous aider ? ». Car le premier souci des autres n’est pas que nous atteignons nos objectifs, c’est d’atteindre les leurs. Il ne s’agit donc pas dans un premier temps d’avoir des opportunités mais d’être une opportunité pour les autres. Le regretté Pierre Doré – fondateur de l’Institut Européen du leadership – disait que le meilleur moyen d’atteindre ses objectifs est d’aider les autres à atteindre les leurs. Parce que le jeu social est un jeu systémique dont l’échange d’information est de l’aide, du service et de la bienveillance.

3) Le recyclage

« Dans la vie, il n’y a pas d’échec, il n’y a que des résultats », dit-on souvent. Certes. Ce que souligne ce point, c’est que l’échec et la réussite constituent des façons de regarder ce qui nous arrive. Certes les coups du sort, la fatalité, ça arrive. Il n’y a pas que de la chance, certains événements sont des malchances objectives et il serait ironique ou indécent de prétendre les positiver.

L’événement est ce qui arrive de l’extérieur. Reste ce que l’on en fait. Car une malchance peut être grosse d’une chance différée si on sait la saisir. « J’aurais bien sûr préféré que cela ne m’arrive pas, mais maintenant que c’est arrivé, qu’est-ce que j’en fait ? » Les chanceux récurrents ne sont pas à l’abri des coups du sort, mais ils vivent en mode compost, ils savent fabriquer de la vie avec des déchets de vie. L’événement malchanceux est recyclé dans la turbine à opportunités.

4) L’intention

Si je ne souhaite rien, il est probable que je vais atteindre cet objectif. L’intention, la poursuite d’un objectif, nous rendent attentif à ce qui se passe dans le monde. Mieux encore, l’intention modifie le système cognitif. À partir du moment où je m’intéresse à un sujet, il m’apparaît que le monde bruisse de ce sujet, qu’il ne cesse de m’envoyer des signaux. « Depuis que j’ai choisi mon sujet de mémoire, dit l’étudiant, je ne cesse de recevoir des informations sur ce sujet dont je n’entendais jamais parler avant. »

Il ne s’agit pas tant de savoir si on a de la chance ou même de la malchance mais plutôt de se demander ce que l’on fait des chances dormantes qui nous entourent et peuvent être éveillées. L’intention anime la chance. « L’homme n’est heureux que de vouloir et d’inventer », disait le philosophe Alain. Il n’est chanceux que de ses intentions, de son vouloir pérenne qu’il promène dans le monde. Un vouloir qui éclaire les opportunités comme la lampe de poche dans la nuit donne soudain vie à un objet indistinct.

5) L’audace

« Le jour où tu décides d’agir, ce jour-là sera sans doute ton jour de chance », dit un proverbe coréen. Le chanceux passe à l’action, ose, essaie. Il sait que la pire malchance est la chance qu’on a laissé passer.

Nous vivons dans une zone de confort, de stabilité psychologique qui d’ailleurs est parfois inconfortable. Hors de la zone de confort, nous ressentons que s’ouvre une zone de risque où on ne s’aventure pas spontanément. La zone d’audace est entre la zone de confort où il n’y a aucun risque et la zone de risque où il n’y a aucun confort. Mettre un pied ou deux dans cette zone permet de vivre en mode ouverture, d’éviter la fermeture du simple confort.

Alors quoi, la chance n’aimerait pas le confort ? Eh bien ce n’est peut-être pas si simple. La chance n’aime pas la fermeture et l’ouverture n’aime pas beaucoup de confort. Il s’agit donc de trouver par une audace raisonnable la porte étroite entre confort et ouverture. Les chanceux vivent en mode ouvert, ouverture aux autres principalement. Ils se méfient de la méfiance, ils craignent leur peur, ils savent délaisser les plans trop rigides.

« Nous n’avons rien à craindre sauf notre peur elle-même », disait Franklin Roosevelt

 

 

Interview de Francis Zentz, auteur de J’aide la chance

francis-zentzJ’aide la Chance est un livre universel, dont on imagine les applications dans la vie professionnelle aussi bien que personnelle.

Comme on peut le voir le titre le titre est polysémique :
– j’ai de la chance,
– j’aide la chance.

Ce livre a démarré avec l’idée qu’on a tous de la chance. Et quand j’ai dit cela à un ami psychologue, il m’a repris sur ce que j’ai dit. Est-ce que j’ai de la chance ou est-ce que j’aide la chance ? Avoir de la chance, n’est-ce pas aider la chance ?

Il y a cinq critères qui distinguent les chanceux des malchanceux, ils commencent tous par C, comme chance.

1 – La Conscience

Un chanceux a conscience de sa chance et il sait qu’il a une part de responsabilité dans sa chance. Il voit la subtilité dans son quotidien et quand il voit cette subtilité, il prend conscience de ses moments de chance.

2 – La Clarté

Le deuxième critère est la clarté. Si on demande à quelqu’un s’il a de la chance ou non, cette personne va porter un jugement subjectif. La chance dans notre quotidien est un jugement que l’on porte sur un événement ou sur des événements de notre vie et donc les termes « chanceux/chance » étant plutôt des termes positifs, c’est porter un regard positif sur notre vie ou sur notre quotidien. On peut dire « à toutes choses malheur est bon », il faut voir le verre a moitié plein et pas à moitié vide.

Ce sont des formules mais pour moi la chance a une définition simple : « La chance est un événement inattendu sur lequel on porte un regard positif. » C’est souvent une surprise et il y a de l’émotion, c’est souvent de la nouveauté ou de la rareté, ou parfois des choses qui sont un peu décalé.

3 – La Connexion

Le troisième C s’agit des Connexions. Il s’agit des gens qui sont chanceux car ils savent utiliser les réseaux, les connexions, le relationnel. Que cela soit de façon familiale ou professionnelle ou même sociale.

Parfois il suffit de petites choses à la portée du timide que je suis, un introverti qui se soigne sans violence.

Quand j’allais à une soirée, je me mettais dans un coin et j’attendais que quelqu’un m’aborde et m’adresse la parole. Méthode efficace pour ne mener à rien. Aujourd’hui, je fais l’inverse. J’adresse la parole à quelqu’un. Si ça n’aboutit à rien – cas de figure envisageable – je continue, je vais voir d’autres personnes. Échange de cartes de visite ou d’informations. Il n’est pas interdit de commencer par le commencement, finalement.

4 – La Curiosité

Le quatrième C est la Curiosité. Curieux, non ?

Quand on demande aux gens s’ils sont curieux, 90% des gens répondent par l’affirmative. Voilà qui est curieux car le sont-ils dans les faits ?

La curiosité suppose d’aller au delà des a priori et de poser des questions. Juste pour savoir ce que pensent les autres et voir sous quel angle ils abordent les choses. Se poser les bonnes questions. En poser plusieurs, histoire de rebondir et chercher à comprendre, à creuser et aller au bout.

5 – La Construction

Le dernier C est la Construction. Quelqu’un qui a de la chance est dans l’action dans la durée. Tous les jours, il faut faire quelque chose pour avoir de la chance. Une chance à saisir ou à créer. Dans les deux cas cela dépend de nous.

6 – La chance se provoque

On peut provoquer la chance par ses actions au quotidien. Personnellement, je commence par écrire chaque jour « je m’attends a trois bonnes nouvelles », ainsi on est prêt à accueillir et à découvrir la chance. En fin de journée, quand je regarde ma To Do List que j’ai rayée au fur et à mesure que la journée glisse sur le tempo des heures, je me pose la question « quelles ont été les trois bonne nouvelles ? ».

Bon d’accord, je dois reconnaître qu’il y a des jours où il est plus facile que d’autres de répondre à cette question, mais il faut le positif voir. Une rencontre inattendue, un message, une bonne nouvelle de quelqu’un qu’on n’a pas vu depuis longtemps… Dans sa To Do List il faut écrire : « Je veux trois bonnes nouvelles ». La première chose est donc de développer cet esprit positif au quotidien et même dans les situations difficile ou dérangeantes et se dire qu’il faut tirer le positif dans toutes les situations.

Quand je voyage, je vis des moments de chance inattendus. Quand on est en voyage ou en vacances on a plus de chance. Tout simplement parce qu’on va regarder autour de soi, on n’est pas dans un train – train, une routine. Tout simplement en changeant de route pour aller au travail ou en changeant d’heure de sa pause, le restaurant dans lequel on déjeune le lundi ou commander un nouveau plat.

Il faudrait prendre l’habitude à dire oui quand une occasion de présente à nous et regarder ensuite comment on va le faire, même si vous ne savez pas sur le moment.

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